QUAGGAMUFFIN : Les moules quaggas se nourrissent-elles du zooplancton par filtration ?
Le projet en quelques mots
Après plusieurs décennies et des milliards de francs suisses investis pour contrôler et réduire les concentrations de phosphore dans les lacs suisses, certaines parties prenantes craignent désormais l’apparition d’un effet de « désert bleu », c’est-à-dire une limitation de la production de zooplancton par le phosphore, avec des répercussions potentielles sur les populations de poissons et la pêche.
Si le zooplancton crustacé a récemment fortement diminué dans certains lacs, nous avançons que ce déclin, notamment celui observé dans le Léman, est incompatible avec l’hypothèse d’une limitation par le phosphore, agissant à la base de la chaîne trophique (bottom-up).
Nous émettons l’hypothèse que les nouvelles espèces invasives, les moules quaggas, sont responsables de ce déclin et que, compte tenu de la morphologie profonde des lacs suisses, leur impact sur le zooplancton s’exerce davantage par prédation directe que par compétition.
Nous proposons de tester cette hypothèse à travers un programme de recherche en trois volets, comprenant :
(i) la mesure in situ de la position trophique des moules quaggas ;
(ii) des expériences d’alimentation en laboratoire ; et
(iii) la comparaison des taux démographiques du zooplancton, quantifiés sur le terrain, avec la mortalité imputable à la prédation exercée par les moules quaggas.
Démontrer que le zooplancton constitue une part significative du régime alimentaire des moules quaggas et que leur prédation directe représente un facteur important de la dynamique démographique du zooplancton aurait, dans un premier temps, des implications pour la gestion des écosystèmes lacustres à l’échelle locale.
Dans un second temps, des résultats positifs nous amèneraient à réexaminer le modèle conceptuel décrivant la manière dont les moules quaggas reconfigurent les réseaux trophiques des grands lacs qu’elles ont colonisés à travers le monde.
Membres de l’équipe
Marie-Elodie Perga – Full Professor, UNIL
Florian de Bettignies – Research Officer, UNIL
Angelina Gosse – Master student, UNIL