Blog LéXPLORE #1B – Janvier 2025

Une croissance algale tardive après la tempête Benjamin

Début novembre, vous avez peut-être remarqué que le Léman paraissait légèrement plus vert qu’en octobre. Cette coloration était due à une croissance algale étonnamment tardive dans les eaux de surface, qui a duré environ deux semaines. éXPLORons ensemble ce qui l’a provoquée !

Une croissance algale soudaine

Le Léman s’est teinté de vert au début du mois de novembre. Des images satellites montrent que les concentrations de chlorophylle en surface — un pigment vert qui indique la présence de microalgues dans l’eau — ont augmenté entre le 30 octobre et le 4 novembre, atteignant des valeurs proches de 5 mg m³ près de Lausanne (Fig. 1).

Figure 1 – Concentrations de chlorophylle en surface observées par le satellite Sentinel-3A le 30 octobre (à gauche) et le 4 novembre (à droite) 2025. Données disponibles publiquement sur

https://www.alplakes.eawag.ch/map/geneva?layers=satellite_chlorophyll.

Cette augmentation de la chlorophylle indique une croissance soudaine de microalgues — appelées phytoplancton — également observée à la plateforme LéXPLORE (Fig. 2). La croissance algale a débuté le 31 octobre et a persisté pendant environ deux semaines dans la couche de surface du lac (0–30 m de profondeur). Des échantillons d’eau prélevés à LéXPLORE ont montré que Fragilaria sp. (Fig. 3) faisait partie des espèces phytoplanctoniques en développement à cette période.

Mais pourquoi le phytoplancton a-t-il commencé à se développer à Halloween, bien après la saison habituelle de croissance ? Avant d’incriminer sorcières, fantômes ou monstres du lac, revenons sur ce qui s’est réellement passé quelques jours plus tôt…

Figure 2 – Concentrations de chlorophylle mesurées par l’Idronaut à LéXPLORE en fonction du temps et de la profondeur. La ligne verticale blanche en pointillés indique le début de la croissance algale le 31 octobre. Données disponibles publiquement sur https://www.datalakes-eawag.ch/datadetail/666.

Figure 3 – Image microscopique de Fragilaria sp., une diatomée observée lors de la croissance algale de novembre. Image issue de https://www.shetlandlochs.com/species/eukaryota/chromista/bacillariophyta/fragilariophyceae/fragilariales/fragilariaceae/fragilaria/ (consultée le 16.12.2025).

Du vent au soleil

Les deux premières semaines de novembre ont été ensoleillées et peu venteuses, des conditions favorables au développement du phytoplancton (Fig. 4). Toutefois, cette météo clémente ne suffit pas à expliquer à elle seule cette croissance algale tardive : la tempête Benjamin a probablement joué un rôle clé. Quelques jours avant le début de la croissance algale, cette tempête a en effet généré de forts courants et d’importantes oscillations verticales (ondes de Kelvin) dans le Léman (voir l’article précédent).

Comment la dynamique du lac est liée à la croissance algale

Les grandes oscillations verticales des couches d’eau entre 20 et 60 m de profondeur induites par les ondes de Kelvin ont probablement renforcé la turbulence et le mélange à l’interface entre les eaux de surface et les eaux profondes. Cela se traduit par un épaississement du métalimnion — la couche intermédiaire entre les eaux de surface et profondes — au début du mois de novembre (Fig. 5).

Ce mélange vertical a pu apporter des nutriments depuis les eaux profondes vers la surface, alimentant la croissance algale durant la période calme et ensoleillée du début novembre. Cette croissance algale a, à son tour, pu soutenir des niveaux supérieurs de la chaîne alimentaire, comme le zooplancton.

Message clé : pour le Léman, une tempête comme Benjamin n’est pas toujours un obstacle — parfois, elle prépare le terrain pour la vie !

Figure 4 – Séries temporelles de données météorologiques mesurées par la station installée sur le toit de LéXPLORE. Panneau supérieur : rayonnement solaire et température de l’air ; panneau inférieur : vitesse du vent moyennée sur 10 minutes et intensité des précipitations. La zone ombrée indique la tempête Benjamin, caractérisée par de forts vents. La ligne verticale en pointillés indique le début de la croissance algale le 31 octobre, comme dans la Fig. 2. Données disponibles publiquement sur https://www.datalakes-eawag.ch/datadetail/459.

Figure 5 – Température de l’eau mesurée à LéXPLORE en fonction du temps et de la profondeur. La zone ombrée représente de fortes oscillations thermiques associées au passage d’ondes de Kelvin (voir l’article précédent). La ligne verticale en pointillés indique le début de la croissance algale le 31 octobre (Fig. 2). Données disponibles publiquement sur https://www.datalakes-eawag.ch/datadetail/448.