À la découverte du zooplancton du Léman (06.2026)

 

 

Avez-vous déjà entendu le mot « plancton » ? Savez-vous ce que sont ces organismes et pourquoi ils sont si importants pour la santé des écosystèmes aquatiques du monde entier ?

Si les sciences naturelles ne font pas vraiment partie de votre quotidien, mais que vous avez déjà regardé Bob l’éponge, vous connaissez peut-être « Sheldon J. Plankton » et sa « famille maléfique des Planctons » (Fig. 1). Ce personnage et sa famille ressemblent étonnamment aux copépodes de l’ordre des Calanoïdes, un groupe de zooplancton présent dans la plupart des milieux aquatiques, y compris le Léman. Mais les Calanoïdes ne sont pas les seuls représentants du zooplancton du lac, et surtout, ils n’ont absolument rien de maléfique ! Au contraire, le zooplancton joue un rôle essentiel dans le maintien d’écosystèmes aquatiques en bonne santé. Sans lui, ces écosystèmes auraient beaucoup de mal à fonctionner. Partons donc à la découverte de ce monde fascinant, en nous concentrant sur le Léman.

Figure 1 : Sheldon J. Plankton (à gauche) (image consultée sur https://spongebob.fandom.com/wiki/Sheldon_J._Plankton)

Zooplancton calanoïde du Léman (à droite) (image obtenue par Zooscan, traitement : Nischal Devkota, 2024).

On distingue principalement deux grands types de plancton : le phytoplancton et le zooplancton. Le phytoplancton est autotrophe, c’est-à-dire qu’il produit sa propre nourriture grâce à la photosynthèse. Le zooplancton, quant à lui, est hétérotrophe : il se nourrit d’autres organismes, principalement du phytoplancton. Les espèces du genre Fragilaria mentionnées dans les précédents articles de blog sur l’orage Benjamin font partie du phytoplancton.

Le Léman abrite de nombreuses familles de zooplancton, parmi lesquelles les Calanoïdes, les Cyclopoïdes, les Daphniidés, les Leptodoridés et les Cercopagidés (Fig. 2). On y trouve également un autre groupe important : les Rotifères, parfois appelés « animaux à roues » en raison de leur mode de locomotion caractéristique.

Le zooplancton constitue un véritable mini-réseau alimentaire. Les Calanoïdes et les Daphniidés sont principalement herbivores, les Leptodoridés et les Cercopagidés sont carnivores, tandis que la plupart des Cyclopoïdes sont omnivores et peuvent également se nourrir de matière organique morte (détritus).

Figure 2 : Zooplancton commun du Léman : Leptodoridés (Leptodora sp., en haut à gauche), Daphniidés (Daphnia sp., en haut à droite), Cercopagidés (Bythotrephes sp., en bas à gauche) et Cyclopoïdes (en bas à droite). [Images obtenues par Zooscan, traitement : Nischal Devkota, 2024].

 

Que se passerait-il si le zooplancton disparaissait du Léman ou si ses populations diminuaient fortement ? Deux groupes seraient particulièrement touchés : le phytoplancton et les poissons.

Le zooplancton constitue une source de nourriture essentielle pour de nombreuses espèces de poissons, en particulier durant leurs premiers stades de vie. Une diminution du zooplancton pourrait donc avoir des conséquences importantes sur les populations de poissons. Par ailleurs, une réduction du broutage exercé par le zooplancton pourrait favoriser une croissance excessive du phytoplancton et entraîner une augmentation des proliférations d’algues.

Fait intéressant, dans certains lacs peu profonds, des stratégies de gestion des populations de poissons ont été utilisées afin d’augmenter l’abondance du zooplancton et ainsi limiter les proliférations algales nuisibles.

Le zooplancton présente également un comportement fascinant que vous trouverez certainement surprenant : la migration verticale journalière (diel vertical migration, DVM). Chaque jour, ces organismes descendent vers les eaux profondes pour échapper à leurs prédateurs, puis remontent la nuit vers la surface afin de se nourrir de phytoplancton.

Ce comportement joue un rôle important dans ce que les scientifiques appellent la pompe biologique. Pour simplifier, le carbone atmosphérique et des nutriments tels que le phosphore sont d’abord assimilés par le phytoplancton à la surface des eaux. Lorsque le zooplancton consomme ce phytoplancton puis migre en profondeur, il contribue au transport et au stockage de ces éléments nutritifs dans les couches profondes de l’écosystème.

Ce mécanisme est bien documenté dans les océans, mais une question passionnante demeure : les organismes du zooplancton des grands lacs profonds, comme le Léman, jouent-ils un rôle similaire ?

Le groupe de recherche LAKES de l’Université de Lausanne étudie actuellement cette question dans le cadre d’un projet passionnant appelé “GEN-Z”, intégré à l’initiative LéXPLORE. Sur la plateforme LéXPLORE, les migrations du zooplancton sont également suivies à l’aide de capteurs acoustiques. Ces observations peuvent être visualisées sur la plateforme en ligneDatalakes (Fig. 3).

Figure 3 : Mesures brutes de rétrodiffusion acoustique obtenues à l’aide d’un profileur acoustique Doppler de courant (ADCP) de 300 kHz orienté vers la surface dans le Léman. L’axe horizontal représente la période de mesure, du 24 juillet 2024 (12 h) au 30 juillet 2024 (12 h). Figure téléchargée depuis la plateforme Datalakes le 24 février 2024.

Restez à l’affût : le zooplancton du Léman n’a pas fini de nous révéler ses secrets !